Paroisse de Saint Hilaire du Harcouët - Paroisse de Saint Martin de Landelles

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50600 Saint-Hilaire du Harcouët
Paroisse du diocèse de Coutances et Avranches (Manche)

Homélie du dimanche 26 juin 2011 (fête Dieu)


Homélie de Père Olivier-Thomas VENARD, OP


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Dans l’évangile que nous venons d’entendre, frères et sœurs, Jésus compare son corps et son sang à la manne reçue de nos pères, pour garder courage et pour survivre durant leur exode dans le désert. Cela nous intéresse aussi, nous qui vivons aussi l’Exode, le temps de l’Église dans ce monde, en pèlerinage de la terre au ciel.

La nourriture de nos pères au désert avait quatre caractéristiques : 1. Elle était donnée par Dieu 2. Elle était donnée chaque jour, pour ce jour seulement, en mesure exacte des appétits de chacun, sans réserve possible sauf pour le sabbat 3. Elle avait le goût que chacun voulait bien y trouver 4. Elle était mystérieuse, cette espèce de croûte pâle comme un pain azyme. Ce qu’elle était, personne dans le peuple ne pouvait le dire, pas même Moïse. Et il nomma cela du nom même de la question du peuple : quoi-cela ?, en hébreu man-hu que nous traduisons manne. Mais la question demeurait sans réponse. La manne disparut après l’entrée en Terre promise. Et on en vint à oublier jusqu’à la question…

Mais vint un soir où Jésus prit du pain et, après avoir rendu grâce, le rompit et dit : ceci est mon corps livré pour vous. Cette nuit-là, celle-là même où il fut livré, la nature de la manne fut enfin dévoilée. Vrai homme, comme Adam qui nommait les créatures au paradis, Jésus révéla la substance véritable du pain du ciel. Et vrai Dieu, comme Dieu au premier jour du monde, il dit et cela fut.

Frères et sœurs, le corps et le sang du Christ, l’eucharistie, notre nouvelle manne, a toutes les caractéristiques de l’ancienne : 1. Elle nous est donnée chaque jour, à notre prière : donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour ! Autant de fois qu’on célèbre la messe, autant de fois qu’on y communie, Dieu répond à nos besoins au cours de notre pèlerinage terrestre : tantôt il nous purifie, tantôt il nous fortifie, toujours il nous pousse à lui rendre grâce … 2. L’eucharistie notre nouvelle manne, nous est donnée par Dieu. Mieux encore : elle n’est pas seulement un don de Dieu, une action de Dieu, ni un geste de Dieu de plus, c’est Dieu lui-même ! Jésus n’est pas en train d’enseigneur une parabole, il ne dit pas ceci représente mon corps ; il est dans un contexte d’institution rituelle quand il dit « ceci mon corps /sang » : il se donne lui-même tout entier, corps sang âme et divinité. 3. Elle est mystérieuse : sous les modestes apparences de miettes de pain et de gouttes de vin, c’est toute la splendeur de Dieu qui se donne. Celui qui a tout créé à partir de rien, celui qui fait que les choses sont ce qu’elles sont, Lui seul contrôle la réalité en deçà des apparences ! Lui seul peut substituer sa substance a celle de pain et de vin ! Mais le plus extraordinaire est justement que le pain et le vin eucharistiés restent si ordinaires en apparence ! Le Tout-puissant, l’Omniprésent, se fait le tout-discret, livré à nos mains et à nos lèvres. Pourquoi cela ? Parce qu’il ne vient pas s’imposer, mais se proposer. Il s’adapte à nous. 4. La manne avait la saveur que chacun voulait y trouver. C’était un symbole de Dieu lui-même. Car dans toute la Bible, notre Dieu s’ouvre à nous dans la mesure où l’on s’ouvre à lui. Il a le goût que nous voulons bien qu’Il ait. Il est doux avec les doux, rusé avec les pervers, inflexible avec les endurcis, miséricordieux avec les miséricordieux (Psaumes) ! Il nous soutient dans la mesure où nous le soutenons dans la foi (Jérémie). Un peu comme s’il nous tendait un miroir : il répond à nos questions en nous renvoyant ce qu’on vient de lui dire (tu le dis !, répond Jésus à Pilate ou à Caïphe). Ressuscité Jésus se fait jardinier avec Madeleine, pécheur avec les pécheurs de Galilée, pèlerin avec les pèlerins d’Emmaüs… Avec beaucoup d’humour, Dieu se fait en quelque sorte une auberge espagnole : nous y trouvons ce que nous y apportons. C’est Lui qui nourrit toute la foule, mais à partir des cinq pains et deux poissons que nous apportons.

Pourquoi Dieu agit-il ainsi envers nous comme nous agissons envers lui ? C’est qu’il veut avec nous un contrat de confiance. Il nous offre le moyen de venir vers lui, mais il attend que nous fassions un pas pour venir nous rejoindre. Pour cela, Il veut rester avant tout une question : qu’est-ce que c’est ? disait-on de la manne. Et Jésus demande à chacun d’entre nous, dans le mystère de son corps et de son sang, Pour toi, qui suis-je ?

Frères et sœurs après la consécration, en recevant l’hostie, ou dans la procession en marchant autour d’elle, regardez-la bien avec les yeux de la foi ! Aux yeux du monde incroyant, notre fête ce sera beaucoup de faste, de parfum, d’or, de musique, de bruit, pour… presque rien ! à nos yeux de croyants, c’est le passage de Dieu lui-même ! Ce petit disque blanc est une provocation à l’intelligence : il nous pousse à comprendre car Dieu qui est la vérité même ne peut ni se tromper ni nous tromper quand il nous dit ceci est mon corps ceci est mon sang. Depuis sa modeste hostie Dieu nous lance une provocation à croire ! Ce petit disque blanc est une page blanche interactive que Dieu nous livre, pour y écrire nos lettres d’amour à Jésus, le Christ, notre Seigneur qui s’est livré pour nous comme la source de tout amour. Par nos chants, nos prières, le désir de notre cœur, disons-lui « Fais-moi croire en toi toujours plus, donne-moi d’espérer en toi, chaque jour davantage, donne-moi de t’aimer plus que tout et d’aimer mon prochain avec toi ! » Depuis sa modeste hostie Dieu nous lance une invitation ardente. De toutes nos forces intérieures, répondons-lui « présent ! » AMEN

Fr. Olivier-Thomas Venard op


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