Homélie du dimanche 18 octobre 2009
29ème dimanche du temps ordinaire
Quand Jacques et Jean demandent à Jésus : « accordes- nous de siéger l’un à ta droite, et l’autre à gauche, dans Ta Gloire », nous ne savons pas très bien quelle est cette Gloire. La question en fait que pose Jésus, c’est : Est-ce une gloire terrestre, ou une gloire du Ciel ? Posons-nous cette question pour nous-mêmes. Recherchons-nous une gloire terrestre, ou bien, la gloire du Ciel ? La réponse à cette question oriente profondément notre manière de concevoir notre vie humaine. Et Jésus, dans une inlassable patience, éduque peu à peu ses disciples à concevoir le Royaume de Dieu, non pas comme une réalité politique, puisque les juifs attendaient essentiellement un messie qui chasserait les Romains et instaurerait le royaume d’Israël. Jésus donc, dans une inlassable patience, veux les faire accéder à une conception du Royaume de Dieu spirituelle. Dieu a envoyé son Fils pour donner à l’humanité, non pas un bien-être terrestre, mais pour nous introduire dans sa Vie Divine. Souvenons-nous de cette parole de la vierge Marie à Bernadette à Lourdes : « Je ne vous promets pas de vous rendre heureuse en ce monde, mais dans l’autre. » Et sans cesse, les apôtres, comme nous-mêmes nous sommes tentés de rabaisser le Royaume de Dieu, la religion chrétienne à une utilité terrestre. Les apôtres disent d’eux-mêmes de siéger l’un à droite, l’autre à gauche, nous peut-être souvent, nous réduisons Dieu à être un distributeur de bienfaits. Nous nous adressons à Lui essentiellement pour lui demander des choses dont nous avons besoin. Pour une protection... toutes choses en fait qui concernent uniquement notre vie en ce monde. Beaucoup de gens aussi, quand on leur demande ce qui les attire pour qu’ils demandent le baptême de leur enfant, et bien, disent, pour qu’il soit protégé. Et beaucoup passent à côté de l’essentiel. Le baptême a pour but essentiel d’introduire l’enfant dans la Vie de Dieu. Ce n’est pas d’abord pour ici-bas qu’il en verra le bénéfice, c’est surtout au-delà de sa mort pour partager le Royaume de Dieu. Notre prière a-t-elle pour but premier d’adorer Dieu, de Le servir, ou bien de nous procurer un mieux-être, une sorte d’intériorité qui nous donne un moment agréable ? Effectivement, il devient inutile d’aller à la messe pour prier si le but est uniquement d’y trouver un bien-être. La raison première qui peut nous motiver pour aller à la messe, et bien, c’est celle de rendre un culte à Dieu, le seul culte parfait qui est celui que Jésus Lui a offert sur la croix. On ne va pas d’abord à la messe pour entendre les chants, pour que cela nous apporte quelque chose, mais pour offrir à Dieu, Lui offrir de notre temps, lui offrir notre vie, notre semaine, et plonger tout cela dans l’offrande du Christ sur la croix. Le culte d’adoration qui plaît à Dieu, c’est l’Eucharistie.
Est-ce que donc notre foi est vraiment centrée sur Dieu, ou bien est-ce qu’elle est plus centrée sur nous-mêmes ? Vous voyez, la première demande de Jacques et Jean : Nous voudrions que Dieu exauce notre demande. C’est tout à fait différent de la prière que Jésus enseigne à ses apôtres quand il leur dit : « Quand vous priez, dite Notre-Père, que Ton Nom soit sanctifié » La prière de demande vient aussi mais en deuxième place : « Donne-nous notre pain de chaque jour, et la suite... » Mais d’abord : « que Ton Nom soit sanctifié, que Ton règne vienne. » D’abord pour Dieu. Notre foi a d’abord pour but de nous centrer sur Dieu, et non pas d’abord de nous épanouir nous-mêmes.
Pour entrer dans Son Royaume éternel, Jésus appelle Ses apôtres à s’unir à Sa passion, à participer à la souffrance qu’il va vivre sur la croix. Et voilà bien pour Saint Paul le critère qui permet de savoir si notre foi est réellement une foi centrée sur Dieu, une fois chrétienne, avons-nous l’amour de la croix, l’amour de la croix du Christ. Saint Paul y revient toujours dans sa prédication, notre foi est dans la croix. Le coeur du message chrétien est dans cette rédemption, le salut de l’humanité qui passe par la souffrance du Christ en croix. Et du coup, la foi chrétienne a aussi en son coeur un message sur la souffrance, que tous à un moment ou à un autre, nous rencontrons dans notre vie. Il est clair que si notre vie à une visée purement terrestre, la souffrance est quelque chose de totalement absurde, à éviter absolument, qui peut être même suscite de la révolte au moment où elle arrive. Et de fait, notre civilisation contemporaine, qui se soucie essentiellement de bien-être Terrestre, et bien, se donne comme but principal : tacher à éliminer la souffrance. Je vous lis quelques phrases de l’encyclique de Benoît XVI sur l’espérance à ce sujet.
« Nous pouvons chercher à limiter la souffrance, à lutter contre elle, mais nous ne pouvons pas l’éliminer. Justement, là où les oeuvres, dans une tentative d’éviter toute souffrance, cherchent à se soustraire à tout ce qui pourrait signifier souffrance, là où ils veulent s’épargner la peine et la douleur de la vérité de l’amour du bien, ils s’enfoncent dans une existence vide, dans laquelle peut-être n’existe pratiquement plus de souffrances, mais où il y a d’autant plus d’obscures sensations du manque de sens et de la solitude. Ce n’est pas le fait d’esquiver la souffrance, de fuir la douleur, qui guérit l’homme, mais la capacité d’accepter les tribulations et de mûrir par elles, d’y trouver un sens par l’union au Christ qui a souffert avec un Amour infini. »
Si la visée de notre existence terrestre est bien le Royaume éternel de Dieu auquel Jésus nous donne accès, quand la souffrance vient à nous, si nous la supportons en union avec le Christ en croix, cette souffrance non seulement n’est plus négative, à éviter, mais elle devient pour nous une école, une école d’amour, une école d’humilité. Elle nous purifie de nos péchés, elle nous détache de l’amour exagéré des biens temporels, elle nous fait désirer davantage les biens éternels. Et je suis témoin souvent de malades, de personnes qui vivent des souffrances profondes, qui réellement trouvent à cette occasion, le regard sur Dieu, oriente leur regard sur les biens éternels, qui donne paix et sens à leur souffrance. Offrir tout ce que nous avons à souffrir unis au Christ, ainsi, notre souffrance n’est pas absurde. Elle devient au contraire féconde, féconde pour nous-mêmes. Elle fait surgir en notre coeur l’amour, l’humilité, et elle devient aussi féconde pour les autres, car, si nous unissons notre propre souffrance à celle du Christ en croix, et bien, elle participe avec Lui au salut de tous les hommes.