Paroisse de Saint Hilaire du Harcouët - Paroisse de Saint Martin de Landelles

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50600 Saint-Hilaire du Harcouët
Paroisse du diocèse de Coutances et Avranches (Manche)

Homélie du dimanche 14 mars 2010

Quatrième dimanche de carême ( Laetare )

Homélie de Père Vallançon


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Chaque prêtre peut reprendre à son compte cette parole de saint Paul : « nous sommes, je suis un ambassadeur du Christ et par nous c’est Dieu lui-même qui en fait vous adresse un appel : je vous le demande, au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu ». Dieu nous a confiés le ministère de la réconciliation et dans cette magnifique parabole de l’enfant prodigue, nous voyons le mécanisme de la réconciliation, les étapes par lesquelles le pécheur passe pour retrouver l’amitié avec Dieu.

La Parole de Dieu d’aujourd’hui m’impose de vous dire des choses un peu difficiles à entendre, mais pourtant profondément libérantes : il s’agit du péché et du sacrement qui en guérit : la confession. Et nous retrouvons dans les étapes de l’enfant qui retrouve son père, dans la parabole, les mêmes étapes que dans le sacrement de la confession.

Il y a 4 actes qui constituent le sacrement de la réconciliation, 4 éléments qui opèrent la réconciliation avec Dieu : 3 actes de l’homme, sous l’action de l’Esprit-Saint ; et 1 acte de Dieu, par l’intermédiaire de l’Eglise. D’abord donc, 3 actes du pécheur. – Le 1e, c’est le regret de nos fautes. L’enfant prodigue dit, il se souvient de la maison de son père et fait en lui-même le projet de dire : « père, j’ai péché contre le Ciel et contre toi ». Le regret de nos fautes, que nous l’appelons aussi la contrition. – Vient ensuite la confession ou l’aveu de nos péchés. Effectivement en arrivant devant son père, le fils dit : « Père, j’ai péché contre le Ciel et contre toi, je ne mérite plus d’être appelé ton fils ». Il avoue. – Et le 3e point, la satisfaction ou la réparation. Autrement dit, il s’agit de vouloir ne plus recommencer. – Le 4e point : l’action de Dieu qui offre sa miséricorde et qui réconcilie le pécheur.

S’il manque l’un de ces 4 points, il n’y a pas de sacrement de la réconciliation, ils sont tous les 4 nécessaires pour que cette grande œuvre de la réconciliation entre l’homme et Dieu se réalise. Je voudrais détailler un ces 4 étapes qui vont du regret au pardon.

(1. Le regret de nos fautes.)

Partons d’abord du constat que Benoît XVI faisait au mois de décembre dernier : « Nous devons aujourd’hui être en mesure d’apprendre à nouveau à reconnaître la faute, nous devons nous ôter l’illusion d’être innocents. » (21 décembre 2009). Et j’entends souvent dire : je ne sais pas que dire en confession, je ne vois pas ce que j’ai fait de mal. Voilà le signe d’une conscience obscurcie, aveugle sur ses propres fautes. Le regret, c’est le moteur de la pénitence. Moins on se confesse, plus on perd le sens du péché, plus il nous est difficile de savoir que dire à la confession. L’inverse aussi est vrai. L’appétit vient en mangeant et le sens du péché vient en se confessant. Petit à petit, on apprend la délicatesse spirituelle vis-à-vis de Dieu et des autres. On raconte que jean Paul II se confessait chaque jour. Sans le sacrement, on devient vite indélicat et vis-à-vis et de Dieu et vis-à-vis des autres. Retrouver sous l’influence de l’Esprit-Saint le regret de nos fautes, le regret des péchés que nous avons commis

(2. La confession ou l’aveu de nos péchés.)

2e acte de l’homme pécheur, c’est l’aveu de ses fautes ou la confession. Il s’agit réellement de dire nos fautes, comme l’enfant prodigue : « père, j’ai péché contre le Ciel et contre toi ». Difficulté aussi donc pour beaucoup d’arriver à trouver que dire. Pour commencer, il faut préparer sa confession par un examen de conscience. On peut s’appuyer sur les 10 commandements de Moïse ou sur les 2 commandements de la charité : les péchés commis contre Dieu, contre moi-même et contre les autres. On peut aussi demander au prêtre de nous aider. Je dois aussi aborder une question délicate, celle de l’habitude qui s’est prise de l’absolution collective et qui a ruiné le sacrement de pénitence dans le peuple chrétien. Car avant cela, les confessionnaux étaient pris d’assaut avant Pâques, et pratiquement toute la population se confessait. Et les chrétiens qui voulaient avoir une vie chrétienne authentique, plus profonde, se confessaient même plusieurs fois par an. Le Diable a réussi à séduire les âmes et à les détourner de ce sacrement, où il est mis en échec, en agitant des idées folles qui, dans la fureur révolutionnaire des années 68, se sont emparées des esprits. Or là-dessus, il y a réellement un échec de nos communautés chrétiennes, mais cet échec n’est que le préalable à la redécouverte de ce sacrement. Déjà un peu partout, à Avranches, à Mortain, à Pontmain, ici même, nous avons cessé ce type de célébration pénitentielle avec absolution collective car la célébration pénitentielle collective ne comporte pas l’aveu personnel des fautes. Il est évidemment plus confortable d’avoir une intention vague, mais il y manque cet aveu et donc le sacrement même n’est pas valide. L’absolution collective n’est prévue qu’en cas de danger de mort imminent et elle n’est valide que si celui qui la reçoit s’engage en conscience à retourner se confesser individuellement s’il survivait à ce danger de mort imminent. Abusivement, cette manière de faire s’est introduite, qui rend le sacrement carrément invalide. Elle a ravagé la vitalité de la communauté chrétienne. Si même les chrétiens ne savent pas se reconnaître pécheurs devant Dieu, ne reçoivent pas le sacrement de la réconciliation, c’est la vitalité même de l’Eglise qui est atteinte. Je crois même pouvoir dire que la cause numéro 1 de la dévitalisation des communautés c’est la ruine du sacrement du pardon. Et tous les grands missionnaires, à commencer par le Curé d’Ars, dont nous parlons pas mal cette année, ont commencé à reconstruire les communautés chrétiennes par la confession. Le jour où nos communautés chrétiennes retrouveront ce sens de la confession personnelle, où il sera reçu régulièrement, les vertus chrétiennes refleuriront et seront rendues manifestes aux yeux du monde.

« Lorsque tu vas présenter ton offrande sur l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère à quelque chose contre toi, laisse ton offrande là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande » (Mt 5, 23-25). C’est l’intention de Jésus que la confession soit reçue avant l’Eucharistie. Evidemment pas à chaque fois que nous communions, mais régulièrement, il faut revenir à la confession pour purifier son cœur et ensuite s’approcher de l’autel du Seigneur.

(3. La satisfaction ou la réparation)

Troisième point, parmi les actes du pénitent. Donc le premier, c’est le regret ; le deuxième la confession, l’aveu – , le troisième, la satisfaction consiste à réparer autant que possible et vouloir ne plus recommencer. Cet acte intérieur qui est vouloir ne plus recommencer est aussi essentiel. S’il manque cette décision intérieure, il n’y a pas de sacrement de réconciliation. Pardonnez moi de vous dire de façon très directe cette affirmation qui, pourtant, fait réellement partie de la discipline de l’Eglise : celui qui n’est pas en mesure de recevoir l’absolution sacramentelle ne peut pas s’approcher de l’Eucharistie. De plusieurs manières : celui qui n’a pas reçu dans l’année précédente le sacrement de pénitence par la confession individuelle ne doit pas recevoir le sacrement de l’Eucharistie. Celui aussi qui est dans un état de vie qu’il ne peut pas changer, par exemple une personne divorcée qui vit avec un conjoint qui n’est pas son époux, cette personne ne peut pas changer son état de vie, ne peut pas recevoir l’absolution ni, de ce fait, la communion. Celui qui communie, qui reçoit l’Eucharistie alors qu’il n’a pas reçu l’absolution, commet un sacrilège.

(4.) Dernier point, c’est l’action de Dieu par l’intervention de l’Eglise : l’absolution.

L’absolution, c’est un peu comme un désherbant sur les plantes : on l’applique sur la végétation et il remonte petit à petit à la racine pour la détruire. Il est évident que la plupart du temps en confession, nous accuserons des péchés qui sont presque insignifiants, peu de choses, assez banales en fait. Mais ainsi, nous offrons à Dieu ce qui est la partie émergente du mal qui est en nous et en accusant ces péchés simples, la miséricorde de Dieu remonte à la racine du mal qui est en nous et donc nous ne perdons pas notre temps à accuser des péchés même légers. C’est la manière que Dieu utilise pour déraciner le mal en nous et nous sanctifier, nous rendre saints.

Habituellement, Benoît XVI n’a pas bonne presse car il a une parole claire et ferme, comprenant une distinction nette entre la vérité et le mensonge. Dans le contexte actuel où la réputation de l’Eglise est souillée par la révélation publique du comportement scandaleux de nombreux prêtres, les médias notent positivement la clarté et la fermeté de sa parole. Et c’est bien aussi la manifestation que de nombreux prêtres, s’ils ont pu arriver à de tels scandales, ont perdu le sens du péché. Il s’est perdu dans le peuple de Dieu, il s’est perdu aussi massivement dans le clergé et on voit jusqu’à quelles dérives peut entraîner la perte du sens du péché. Le Diable peu à peu insinue un doute sur le bien et le mal et du coup, on peut continuer à célébrer la messe, pour le prêtre, ou à communier, alors même qu’on est déjà entré dans les pires déviances, mais l’aveuglement gagnant progressivement, le sens du péché se perdant, l’abandon de la confession se faisant, tout perd sens et les déviances peuvent devenir innombrables.

Je vais terminer sur cette phrase du pape Benoit XVI en décembre dernier : « Dans notre monde d’aujourd’hui, nous devons redécouvrir le sacrement de la pénitence et de la réconciliation. Le fait que celui-ci ait en grande partie disparu des habitudes existentielles des chrétiens est le symptôme d’une perte de véracité – de vérité – à l’égard de nous-mêmes et de Dieu ; une perte, qui met en danger notre humanité et qui réduit notre volonté de paix » (21 décembre 2009)

Reprenant les mots de saint Paul, je vous redis à chacun de vous ici présents : « Je vous en supplie au nom du Christ, laissez vous réconcilier avec Dieu, Approchez vous du sacrement de pénitence avant Pâques. » N’attendez pas non plus la veille de Pâques ! (Indications pratiques à Pontmain et St Hilaire) Quand le sacrement de pénitence sera redevenu à la mode, et ce sera probablement bientôt le cas, le jour où les communautés chrétiennes auront pris conscience des désordres qui ont été introduits par la perte de ce sacrement, les prêtres, comme tous les grands missionnaires, pourront passer leur journée entière dans l’Eglise, à se faire ministres de la réconciliation, ambassadeurs de la miséricorde du Christ.


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