Homélie du 8 novembre 2009
32ème dimanche du temps ordinaire
Nous sommes sensibles à des gestes de charité, et par l’importance du don, à dire notre admiration, notre reconnaissance, et nous oublions que tout dans ce domaine est affaire de proportion entre ce que l’on fait, ce que l’on peut faire, et même ce que l’on doit faire, toujours avec un coeur qui aime. Que représentent ces deux piécettes déposées par la pauvre veuve ? presque rien. Presque rien, une offrande qui susciterait chez certains un haussement d’épaules. Alors, le Christ en juge autrement, et il se saisit de cet événement très modeste pour interpeller la conscience de ses disciples, et la nôtre aussi à plus de 20 siècles de distance. Que nous demande-t-il ? hé bien d’abord de ne pas nous arrêter aux apparences. Saint-Paul place parmi les fruits de l’Esprit Saint, la confiance dans les autres dans son épître aux Galates, la confiance dans les autres. Cette confiance dans les autres est liée certainement à la rectification, en tout cas au moins, au contrôle de nos jugements. Il y a un second aspect plus grave encore dans l’enseignement du Christ : « Tous , »déclare-t-il, « ont donné de leur superflu, mais elle, elle a donné de son indigence. » Donc elle a tout donné, comme le dit l’évangile, ce qui lui était nécessaire. Nous savons que la misère n’existe pas que dans les pays étrangers, elle existe chez nous, à côté de nous, or on distingue communément trois sortes de biens. Les biens d’absolue nécessité, et sans quoi telle personne ou tel foyer ne pourrait subsister, ni soutenir les charges qui pèsent sur lui. On distingue encore les biens dont la jouissance nous procure du confort, de l’aisance même, et qui nous mettent à l’abri, en tout cas momentanément, à l’abri des préoccupations anxieuses pour l’avenir. Et puis il existe enfin le superflu, le superflu. Quelle attitude prendre en face de ces différents biens ? La tradition chrétienne affirme qu’une part au moins de la deuxième catégorie, c’est-à-dire les biens relativement nécessaires, et la totalité du superflu, ne peuvent être gardés jalousement pour soi. On l’a, je pense, oublié, ou on ne le rappelle le pas trop souvent, donc le nécessaire est à mettre en commun avec discernement comme l’a toujours fait l’antique usage de l’Eglise. Cependant, il n’y a pas que l’argent, et bien sûr la richesse dont elle est le signe, dont ils sont le signe, cette veuve, de toute évidence, c’est la pointe de cet évangile, de ce que Jésus veut nous dire, le plus important, de toute évidence, elle se donne elle-même à Dieu. Son geste le prouve, il vient des profondeurs de son être, il est l’expression d’une consécration réelle de sa vie. Hé bien, nous pouvons nous demander, est-ce bien nous-mêmes que nous donnons à Dieu ? Est-ce bien nous, notre personne, que nous donnons à Dieu ? notre cœur, notre esprit, nos forces ? Il arrive souvent que nous lui concédons simplement, hé bien disons, le superflu de notre temps, le superflu de nos actions, de nos pensées, le superflu de notre coeur. La preuve que cette pauvre femme se livre elle-même à Dieu, c’est qu’ayant dit : « elle a tout donné » Jésus précise « tout ce qu’elle avait pour vivre » Elle a donc fait un acte héroïque de confiance. Reconnaissons-le, faire confiance à Dieu, se fier à Dieu, ne va pas de soi dans le monde actuel. Demain se prépare de longue date où l’on cherche à éviter tous les risques possibles, disons par une assurance généralisée, s’en remettre à Dieu à ce point-là paraît une folie. D’ailleurs, nous pouvons citer bien des passages l’évangile qui empêchent de répondre de façon simpliste à la question qui est ici posée. Cela veut dire que notre geste d’abandon filial entre les mains de Dieu, le geste d’abandon n’est pas à confondre avec l’insouciance. Jésus parle des oiseaux qui travaillent, que Dieu en quelque sorte protège, hé bien cette sollicitude dont la Providence entoure les oiseaux du ciel ne les empêche pas, les oiseaux, et comment, de collaborer au plan divin, et avec quelle prévoyance, si ce avec quelle ténacité ! Seulement attention, un fils de Dieu, ou une fille de Dieu, peuvent-ils agir comme s’ils étaient seuls ? Cela nous arrive de nous dire : oh je suis seul, je suis déprimé parce que je me crois seul. Donc un fils de Dieu, une fille de Dieu ne peuvent pas agir comme s’ils étaient seuls, comme si ils ne pouvaient compter strictement que sur eux-mêmes. Un Italien de Turin, Saint Joseph Cottolengo, fondateur de multiples oeuvres de charité dans les années 1850, donc il y a à peu près 160 ans, bien qu’il avait donc fondé beaucoup de maisons ouvertes aux malades sans ressources, aux infirmes, aux incurables, etc.., affirmait que "rien n’a jamais manqué, et nous savons que rien ne manquera", et il disait pourquoi : "Le Père envoie tout. Le Père de demain est le même que Celui d’aujourd’hui." Hé bien gardons cette confiance immense de la veuve, et aussi de tous ceux, de toutes celles qui mettent dans leur vie, au fond, consacrent leur vie et leurs oeuvres au Seigneur avec discernement bien entendu, mais avec cette foi et cette confiance immense : le Père de demain est le même que Celui d’aujourd’hui. C’est Lui Qui envoie tout.