|
|
50600 Saint-Hilaire du Harcouët Paroisse du diocèse de Coutances et Avranches (Manche) |
deuxième dimanche de carême
Frères et sœurs, chaque année le deuxième dimanche de carême, l’Eglise propose à notre méditation l’épisode de la transfiguration. Alors, qu’est-ce que signifie la transfiguration ? Donc vous êtes sans doute, beaucoup sont de plus brillants latinistes que moi parmi vous. Trans, ça veut dire, c’est à la fois au-delà, et c’est aussi à travers. Alors, au-delà, et à travers l’humanité de Jésus, nous avons comme une perception en tous cas où les apôtres qui sont présents à la transfiguration, au-delà de la figure humaine de Jésus, ils ont une perception de la divinité de Jésus. Une certaine perception même si elle devra s’approfondir par la suite. Et en même temps, au-delà de la souffrance dont Jésus vient de leur parler puisque nous sommes à un moment charnière dans l’évangile où jusque là Jésus a fait des miracles, accompli beaucoup de miracles, il était du côté de ceux qui gagnent on pourrait dire, de ceux qui réussissent, à partir de ce moment il a commencé à dire à ses apôtres, à ses disciples, il faut que le Fils de l’homme souffre, qu’Il soit mis à mort, mais que le troisième jour Il ressuscite. Donc, c’est, à la fois, la transfiguration, c’est découvrir au-delà de la croix, de découvrir la résurrection.
Encore une fois, quand Jésus a parlé de la souffrance, et je crois que vous et moi, on n’est pas très vaillant devant la souffrance. Si on peut l’éviter, on l’évite. Mais, c’est dans tout ce contexte de souffrance qu’a lieu la transfiguration. Quand Jésus est transfiguré devant Ses apôtres, c’est pas uniquement dans le sens de dire : bon, vous allez en baver un petit peu maintenant, mais après ça ira mieux. Il y a de ça bien sûr, de connaître déjà qu’au-delà de la croix, il y a la résurrection, c’est encourageant, de connaître, de savoir qu’au-delà des souffrances du temps présent, il y a la gloire éternelle, c’est quelque chose d’important, et ça a été important pour Louis et Zélie Martin. Vous connaissez peut-être un peu leur vie, qui était jalonnée de beaucoup de souffrances, des souffrances difficiles. Le fait de perdre des enfants en bas âge, le fait de la maladie, la maladie du corps, la maladie de l’esprit, et aussi parce que à la fin, Louis Martin était interné. Bon, ils ont vécu beaucoup de souffrances. Alors, le fait de savoir que, voilà, ces souffrances c’est passager, puisque ça nous conduira au-delà de cette souffrance, il y a la gloire du Ciel, c’est quelque chose d’important. Mais dans le texte de la transfiguration, il me semble qu’il y a quelque chose de plus encore. Parce que quand nous sommes dans la souffrance, nous avons, nous pouvons avoir tendance à nous replier sur nous-mêmes, à nous lamenter sur ce qui ne va pas. Et là, c’est une invitation à regarder et écouter Jésus. Jésus était tellement beau sur le mont de la transfiguration que du coup ils oubliaient, sans doute pour un moment en tout cas, ce qui était trop difficile dans leur vie pour se centrer davantage sur la personne de Jésus. La transfiguration, c’est comme un moment où le voile pour un instant est comme enlevé. Vous voyez bien à quoi peut servir un voile. Les maîtresses de maison mettent des voilages, on ne voit pas trop ce qui se passe dans la maison mais voilà… Donc le voile, c’est quelque chose qui cache. Et, alors l’humanité de Jésus, dans ce sens là, c’est comme un voile qui a la fois révèle un certain côté, mais aussi nous cache quelque chose, la grandeur de Dieu. La grandeur de Dieu, on ne pourrait pas la supporter, mais en Jésus, Dieu Se fait tout proche de nous. Mais c’est comme un voile quand même sur la grandeur de Dieu, la puissance de Dieu. Mais de même, il y a comme un voile derrière la croix, on ne voit pas derrière la croix, il y a comme un voile qui nous empêche de voir la résurrection du Seigneur. Alors, avec la transfiguration, c’ était comme un voile qui est enlevé, mais le voile n’est pas simplement à l’extérieur, mais le voile est peut-être plus encore au niveau des yeux, au niveau du cœur. Dans sa deuxième épître aux Corinthiens, saint Paul nous parle de ce voile qui est sur le cœur, sur les yeux, les yeux du cœur on pourrait dire, qui empêche de voir, qui fait qu’on ne voit que ce qui est terrestre, matériel, et qui nous empêche de voir ce qui est au-delà du matériel, au-delà du spirituel, qui est pourtant beaucoup plus important d’ailleurs dans notre vie. L’amour est-ce qu’on le voit ? Non, en tant que tel, on ne le voit pas, on voit des gestes d’amour, on voit l’amour dans ses effets, mais pourtant c’est l’amour qui nous fait vivre, c’est l’amour qui donne une certaine… qui donne à notre vie la joie d’être vécue. Alors, mais alors le voile qui peut être sur notre cœur, sur les yeux de notre coeur, nous empêche de voir, et dans la transfiguration, il y a ce voile, pour un instant est enlevé.
Donc, la transfiguration, c’était le premier point, il y en aura que deux, rassurez-vous je ne vais pas vous garder jusqu’au milieu de l’après-midi. Mais d’abord, c’est quelque chose qui nous est révélé au-delà du voile, au-delà et à travers l’humanité de Jésus.
Mais, au cours du récit de la transfiguration il y a un moment important. Donc, il y a d’abord la transfiguration en tant que telle, et puis après, il nous est dit : survint une nuée qui les couvrit de son ombre, et de la nuée une voix se fit entendre, « Celui-Ci est Mon Fils bien-aimé, écoutez-Le » Et alors, à ce moment là tout disparaît. Soudain, regardant tout autour, ils ne virent plus que Jésus, seul avec eux. La nuée, beaucoup l’interprètent comme l’Esprit Saint. L’Eprit Saint qui les couvre de Son ombre, hein, on parle de l’Esprit Saint là qui couvre Marie de Son ombre, Qui fait que Marie va pouvoir concevoir le Seigneur. Ce qui est important, et la magnifique prière d’ouverture de cette messe nous aide à comprendre cela. Voilà ce qui était dit dans la prière d’ouverture : Tu nous as dit Seigneur, d’écouter Ton Fils bien-aimé. Ecouter. Fais-nous trouver dans Ta Parole les vivres dont notre foi a besoin, et nous aurons le regard assez pur pour discerner Ta gloire. L’expérience de la transfiguration, c’était pour ces trois apôtres choisis, ces trois apôtres qui seront témoins aussi de l’agonie de Jésus, témoins privilégiés, mais difficiles en même temps de l’agonie de Jésus au jardin de Getsémani. Mais pour nous il ne, peut-être pour certains d’entre vous mais c’est pas mon cas, il nous est pas donné de faire l’expérience de cette transfiguration. En revanche, nous avons un avantage par rapport aux apôtres, dans le sens où nous arrivons après la résurrection. Et donc nous avons une connaissance sans doute trop théorique, sans doute pas assez vitale, sans doute pas assez..,notre foi n’est sans doute pas encore assez vive en la résurrection du Seigneur, mais nous, pour voir, il faut d’abord écouter. Eux ont commencé à voir, et après ils étaient disponibles pour écouter mais, c’était leur vocation particulière. Saint Jean dans sa première lettre dit : mais nous avons touché le Verbe, et puis nous l’avons vu, nous l’avons entendu. Et ils sont les témoins, et nous il nous revient d’écouter pour voir. Nous avons besoin d’écouter le Seigneur. Le Seigneur Se révèle dans Sa Parole. Et pour nous il est important d’écouter pour rectifier peut-être certaines suggestions de l’esprit du monde. Et une des suggestions sur laquelle je ne vais pas m’arrêter longuement mais, qui le mériterait sans doute, c’est, chaque fois que l’on souffre, nous avons, nous pouvons avoir le sentiment d’être un peu délaissé de Dieu. En tout cas on ne comprend, hein, pas la souffrance, on a bien du mal avec la souffrance. Et nous avons besoin d’écouter la Parole de Dieu, pour mieux voir, mieux voir ce qu’il y a derrière cette souffrance. Voilà ce que dit saint Paul dans l’épître aux Romains qui nous est donnée pour aujourd’hui : Frères, sœurs, si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ! Il n’a pas refusé Son propre Fils, Il L’a livré pour nous tous ! Et saint Paul ne parle pas seulement à ses contemporains, mais ça s’adresse à nous, à Saint Hilaire. Comment pourrait-Il avec Lui ne pas nous donner tout ? Donc toujours dans ce contexte de souffrances parce que je pense que tous, d’une façon ou d’une autre, nous sommes visités soit par la souffrance, soit par la tentation et dans ces moments difficiles nous avons besoin de nous accrocher à quelque chose et nous avons besoin de nous accrocher à la Parole de Dieu. La Parole de Dieu Qui nous révèle ce qu’il y a au-delà du voile, qui vient nourrir notre foi. Je vous relis cette magnifique prière d’ouverture de cette messe qui pourrait faire votre méditation peut-être cette semaine : Tu nous as dit Seigneur d’écouter Ton Fils bien-aimé. Fais-nous trouver dans Ta Parole les vivres, la nourriture dont notre foi a besoin. Elle a besoin. Si on ne la nourrit pas elle dépérit. Et nous aurons le regard assez pur pour discerner Ta gloire, et discerner Ta gloire pas seulement dans les choses faciles quand tout va bien, mais aussi dans les moments difficiles. Alors, cette écoute, elle est très propre à la tradition biblique. Il y a un certain nombre de gnoses où on insiste beaucoup sur le fait de voir. Et donc quand on regarde, on maîtrise et on peut rester à distance. Ecouter, ça implique aussi une certaine attitude de confiance, de docilité, qui font partie intégrante de la foi. Alors c’est cette, frères et sœurs, c’est cette écoute que nous pouvons demander pour que notre foi soit plus vive, pour que, grâce à ce qui nous a été révélé de ce qui est au-delà du voile, nous puissions avancer, continuer notre chemin avec ses tentations, avec ses épreuves, avec ses joies aussi, hein, colle cette joie immense qu’ont eu ces trois apôtres à la transfiguration donc il y a aussi dans nos vies certains moments de transfiguration, même si c’est pas exactement la même chose que pour les apôtres. De continuer notre route, nous pouvons nous appuyer sur Marie. Marie avant de voir, c’est d’abord la vierge qui écoute. La grande qualité de Marie, c’est d’abord d’écouter, et les pères de l’Eglise insistent pour dire mais : avant de recevoir le Seigneur dans son corps, elle L’a d’abord reçu dans son cœur. Alors demandons cette grâce d’une écoute, d’une écoute de Dieu dans Sa Parole, et aussi d’une écoute les uns vis-à-vis des autres. Amen.