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50600 Saint-Hilaire du Harcouët Paroisse du diocèse de Coutances et Avranches (Manche) |
Entrée en carême.
Mercredi des cendres.
Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 6,1-6.16-18.
« Si vous voulez vivre comme des justes, évitez d’agir devant les hommes pour vous faire remarquer. Autrement, il n’y a pas de récompense pour vous auprès de votre Père qui est aux cieux. Ainsi, quand tu fais l’aumône, ne fais pas sonner de la trompette devant toi, comme ceux qui se donnent en spectacle dans les synagogues et dans les rues, pour obtenir la gloire qui vient des hommes. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont touché leur récompense. Mais toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que donne ta main droite, afin que ton aumône reste dans le secret ; ton Père voit ce que tu fais dans le secret : il te le revaudra. Et quand vous priez, ne soyez pas comme ceux qui se donnent en spectacle : quand ils font leurs prières, ils aiment à se tenir debout dans les synagogues et les carrefours pour bien se montrer aux hommes. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont touché leur récompense. Mais toi, quand tu pries, retire-toi au fond de ta maison, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père voit ce que tu fais dans le secret : il te le revaudra. Et quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme ceux qui se donnent en spectacle : ils se composent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu’ils jeûnent. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont touché leur récompense. Mais toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage ; ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père voit ce que tu fais dans le secret : il te le revaudra.
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris
Homélie de père Vallançon.
Nous commençons aujourd’hui par un jour de jeûne et de pénitence, ce grand temps de purification qu’est le carême. Nous nous purifions pour nous préparer à vivre d’un cœur renouvelé les célébrations de Pâques : que la mort de Jésus porte son fruit de Vie en nous, que Sa résurrection fasse naître en nous une vie nouvelle.
La pénitence est nécessaire. Elle nous rapproche de Dieu. Elle creuse en nous le désir de Dieu. Nous sommes tellement centrés sur nous-mêmes, absorbés par la recherche de notre bien-être. Nous sommes tellement préoccupés de notre épanouissement personnel. Il n’y en a que pour le « moi », le « je ». Le « moi »est mon souverain roi. J’accepte de faire une place à Dieu dans ma vie, mais je juge tout à la lumière de la satisfaction qu’Il m’apporte. Mon besoin spirituel, le sentiment de gratification que m’apporte la foi, compte plus que Sa volonté à Lui. J’accepte Dieu, mais uniquement comme quelqu’un qui m’apporte un bien-être, quelqu’un qui m’aide à mieux vivre, et c’est toujours moi qui est au centre. Le jour où Dieu ne répond plus à mes caprices, ou à l’idée que je me fais de Lui, je Lui en fais le reproche. Culte du moi, qui est une injure au Créateur.
La pénitence consiste principalement à s’humilier pour retrouver une juste relation à Dieu. Nous ne sommes pas le centre, c’est Lui. Ce n’est pas Dieu qui est relatif à moi, c’est moi qui suis relatif à Lui.
La pratique de la pénitence est concentrée en trois grandes œuvres : l’aumône, la prière, et le jeûne. Le judaïsme à l’époque de Jésus résumait déjà avec ces trois pratiques essentielles la pénitence. L’aumône - le carêm est un temps où nous sommes appelés à partager de notre bien, à partager de nous-mêmes aussi avec ceux qui sont dans le besoin. La prière - le carême est un temps pour se consacrer davantage à la prière. Et le jeûne - le carême est un temps de privation. Jésus reprend la tradition juive et, avec des mots simples, il donne à ces trois grandes œuvres de la pénitence une nouvelle profondeur. A chaque fois qu’Il a passé en revue ces trois œuvres de la pénitence, aumône, prière et jeûne, il y a un refrain qui vient dans la bouche de Jésus, et qui relie ces trois grandes œuvres : Jésus oppose "ceux qui se donnent en spectacle" pour se montrer à ceux qui agissent "dans le secret". Et ce secret n’est pas un secret vide, il ne s’agit pas uniquement de se cacher. Ce secret c’est entrer sous le regard du Père. Et voilà bien la grande révélation évangélique, la plus bouleversante : Dieu est notre Père. Aucune religion avant Jésus n’avait fait connaître à l’homme que Dieu est Père au point ou Jésus nous l’a montré.
"Ton Père voit ce que tu fais en secret". La pénitence a un but essentiel : retrouver en soi le lieu secret où le Père est présent et où nous sommes sous le regard du Père. Le carême, c’est se retirer de la vanité, de l’agitation du monde extérieur, pour rentrer en soi, au lieu le plus secret en nous, là où Dieu veut être, là où Il nous engendre, Il nous aime et nous pardonne. Saint Augustin, quand il raconte sa conversion, la résume dans ce mouvement de rentrée en soi : « Je me dissipais dans les vanités, loin de vous mon Dieu je me répandais, dehors. Mais quoi, Vous étiez au-dedans, et moi au dehors de moi-même, et c’est au dehors que je vous cherchais. » C’est au fond de soi-même que l’on se retrouve enfant de Dieu, en présence du Père, au fond de soi que l’on retrouve une innocence jamais souillée, ce qui en nous est dans la main du Père. Et voilà peut-être l’ascèse chrétienne pour l’essentiel, celle qui lutte le plus sûrement contre notre orgueil : accepter d’être enfant entre les mains du Père, accepter de se tenir sous le regard de Dieu, accepter d’être dans la main de Dieu.
La pénitence véritable, c’est pénétrer dans notre profondeur intérieure, accepter d’y être comme un enfant et vivre l’abandon entre les mains du Père. La petitesse de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus est bien là, c’est à la fois un regard sur Dieu, un regard où, en fait, on se laisse soi-même regarder par le Père et on accepte de s’abandonner en toute confiance et en toutes choses entre Ses mains.