Paroisse de Saint Hilaire du Harcouët - Paroisse de Saint Martin de Landelles

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50600 Saint-Hilaire du Harcouët
Paroisse du diocèse de Coutances et Avranches (Manche)

Homélie du 3 février 2008

4ème dimanche du temps ordinaire

Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 5,1-12.

Quand Jésus vit la foule, il gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent. Alors, ouvrant la bouche, il se mit à les instruire. Il disait : « Heureux les pauvres de coeur :le Royaume des cieux est à eux ! Heureux les doux : ils obtiendront la terre promise ! Heureux ceux qui pleurent :ils seront consolés ! Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice :ils seront rassasiés ! Heureux les miséricordieux :ils obtiendront miséricorde ! Heureux les coeurs purs :ils verront Dieu ! Heureux les artisans de paix :ils seront appelés fils de Dieu ! Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice :le Royaume des cieux est à eux ! Heureux serez-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux ! C’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés.

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris


Homélie de père Vallançon

Nous avons entendu dans l’évangile d’aujourd’hui le début du premier discours de Jésus. C’est sur ce texte que s’ouvre le ministère public de Jésus dans l’évangile de st Matthieu. Et il commence par une série de neuf « Heureux », neuf fois le mot heureux. Il y a là tout le programme de Jésus : révéler à l’homme en quoi consiste son bonheur et comment l’obtenir. Tous, nous aspirons à cela, au bonheur. Il n’y a pas de désir plus profondément enraciné dans le cœur de l’homme que le désir du bonheur. Et pas seulement pour nous, mais pour tous. Jésus ne dit pas : « heureux toi qui », mais « Heureux ceux qui … » : un petit bonheur en solitaire ne nous suffit pas, la vraie joie rassemble, unit. La joie même se nourrit d’être partagée. Être heureux donc est le but de toute vie, le but de toute civilisation : Indiquer le chemin du bonheur. Mais nous avons souvent l’impression que notre civilisation occidentale s’enlise dans la tristesse, le chemin du bonheur qui nous est montré, c’est un mirage, un rêve éveillé, totalement déconnecté de la réalité quotidienne. C’est celui du monde artificiel des stars du cinéma ou de la télé, de la publicité. Et non seulement il ne rend pas heureux, mais il nourrit une jalousie secrète, une colère même car le commun des mortels ne peut assister que passivement à ce défilé étourdissant de modèles et de stars qui, en fait, dans les coulisses, une fois que le concert, le film ou l’émission télé est terminé s’abîment eux-mêmes dans la drogue, l’alcool et les déchirures sentimentales. Voilà un bonheur-fiction auquel personne ne participe. Et Jésus dans les béatitudes nous propose le chemin inverse. Le mot « heureux » est lié à chaque fois aux mots de la détresse humaine : pauvres, ceux qui pleurent, ceux qui ont faim et soif de justice, ceux qui sont persécutés. Et nous savons qu’ils sont l’immense majorité de la population mondiale : ces pauvres, ceux qui vivent dans un pays en guerre, qui souffrent de famine, les mamans veuves et les enfants orphelins, ceux qui sont dans les larmes. Ils sont innombrables les cœurs purs des enfants qui ne voient pas Dieu parce que le monde adulte souille leur pureté. Et à cette humanité en souffrance, nous montrons aujourd’hui l’insolence d’un spectacle égoïste qui fait monter chez ceux qui en sont exclus une colère. Jésus, dans son discours inaugural, au contraire enserre la douleur de notre monde dans le mot « Heureux ». Mais remarquez qu’il n’y a pas que la misère des hommes, dans les béatitudes, dans ces neuf phrases qui annoncent ce bonheur, il y a aussi la capacité d’aimer, le désir de vie, l’aspiration à la plénitude qui est dans le cœur de l’homme. Jésus nous dit aussi cela. Désir de posséder d’une manière définitive une terre promise, c’est à dire de jouir totalement, définitivement de ce qui n’est encore en nous que promesse. Nous aspirons à une consolation qui nous apaisera pour toujours. Nous sommes habités par une aspiration immense à la justice, sensibles à toutes formes d’injustices. Il y a aussi le bonheur de vivre la miséricorde : le désir de pouvoir trouver les mots et les gestes de la réconciliation après les déchirures, désir de se sentir pardonné par Dieu. Nous sommes faits pour connaître un amour en plénitude et tous nos désirs sont invisiblement aspirés par cette recherche. Jésus annonce que tous ces désirs de bonheur, les nôtres et ceux de l’humanité entière – tous ces désirs, un jour, seront comblés. Les non-violents obtiendront gain de cause, ceux qui pleurent seront consolés, notre révolte devant toute forme d’injustice aura raison. Mais la grande question à laquelle Jésus ne répond pas dans ce premier discours, c’est : quand cela aura-t-il lieu et qui le réalisera ? En fait, c’est la suite du récit évangélique qui va répondre à ces questions. Et elles ne trouveront leur réponse que dans la mort et la résurrection de Jésus. Quand les désirs de l’homme seront-ils pleinement satisfaits ? Nous ne pourront pas non plus faire faire l’économie du passage par la mort et la résurrection pour obtenir la réponse. La réponse à cette question : Quand cela aura –t-il lieu ? Nous ne l’avons toujours pas. Elle nous sera donnée à la fin des temps quand Jésus reviendra. Il viendra pour juger les vivants et les morts, et à ce moment justice sera faite. À ce moment aussi, notre corps ressuscitera et ceux qui l’ont mérité entreront dans le bonheur éternel de Dieu, jouiront pour toujours de l’amour total, en participant à la vie du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et en vivant en communion avec tous les saints. Là est notre bonheur. Là seulement est le lieu, le moment où nous trouverons réalisé en plénitude nos désirs. La deuxième question à laquelle ce texte des Béatitudes ne répond pas, c’est "qui réalisera cette transformation des larmes à la joie, de la faim de justice à la justice ? Qui accomplira toutes ces promesses ?" Et cette réponse, nous l’avons ; C’est Jésus. Il est Lui-même passé par ce chemin des béatitudes, ce passage de la mort et de la résurrection. Il nous précède et nous guide pour la Vie éternelle, et déjà sur cette terre dans l’eucharistie. Dans l’amour et l’amitié vivifiés par Lui, Il nous donne de goûter déjà ce bonheur divin. Nous trouverons la paix, nous trouverons la satisfaction de désirs profonds, si nous arrivons à faire rejoindre Dieu, notre religion, et ce désir secret de bonheur qui nous habite. Jésus justement Se tient dans ce lien, entre ces deux réalités, et Il nous invite à y participer dans l’eucharistie.


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