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50600 Saint-Hilaire du Harcouët Paroisse du diocèse de Coutances et Avranches (Manche) |
Le Christ est-il le sauveur de l’humanité ? Le Christ est-il le maître de la vie et de la mort ? La réponse, frères et sœurs, se trouve dans le dernier chapitre de l’évangile de saint Luc. Voici d’abord le tombeau vide, le message de l’ange aux femmes venues avec des aromates, le constat établi par Pierre stupéfait de l’état des lieux et des choses, puis, ce passage d’une impérissable beauté, que nous venons d’entendre en ce dimanche : les disciples d’Emmaüs. Ces versets d’évangile qui ont inspiré plus d’un artiste comme le peintre Rembrandt, qui, dans sa célèbre peinture exposée au musée du Louvre, a essayé d’en reproduire une des scènes que nous connaissons bien. Ou encore, cet écrivain qui disait, « Pas un évangile ne peut dépeindre plus magnifiquement le passage de la semaine Sainte à la jubilation de Pâques ». Avec art, saint Luc nous raconte l’apparition de Jésus ressuscité aux deux disciples d’Emmaüs, dont l’un s’appelait Théophas. L’autre est resté anonyme comme pour nous appeler à nous identifier à lui. Le soir même de la résurrection, Jésus est là qui chemine avec eux. Mais ils ne Le reconnaissent pas. Ils restent absents de leur esprit, plongés qu’ils sont dans la tristesse et le désespoir, fuyant Jérusalem, cette ville où ils avaient rêvé du triomphe de leur Maître. Comme le dit saint Augustin : « la Vie marchait avec eux, mais Elle n’était pas encore entrée dans leur cœur. » Quand, ensuite Il partage le pain avec eux dans un geste qui devait leur être familier, ils Le reconnaissent et en sont tout transformés. Mais, immédiatement, Il disparaît à nouveau, et redevient absent à leurs yeux. De toute façon, frères et sœurs, Sa présence, pour authentique qu’elle soit, s’avère fugitive, et ne cesse d’être mystérieuse. Mais, n’est-ce pas l’image de ce qui nous arrive à nous aussi très souvent. Nous sommes frappés par ce qui va mal dans notre monde, dans notre pays. Les médias ne cessent de nous relater des événements tragiques. Pensons notamment actuellement à tous ces otages retenus en Colombie. Or, Dieu, au milieu de tout cela paraît terriblement silencieux et lointain. Comme nous serions tentés à l’image des deux disciples d’Emmaüs, de perdre cœur, nous aussi, de croire que tout est perdu, et de céder à la désespérance, à la morosité ambiante. Pourtant, nous le savons, Dieu est là, puisqu’Il est nécessaire au monde, et que le monde n’existe que par Lui. Il est là sans cesse au cœur de chacune de nos vies, et au creux des événements, Lui le créateur de tous les éléments du monde, Lui, le Maître des temps et de l’histoire, Lui en qui nous avons la Vie, le mouvement, et l’être. Seulement, frères et sœurs, Dieu n’entend pas se substituer à l’intelligence et à la volonté des hommes. Dieu nous aime trop pour ne pas respecter notre liberté. Il ne gouverne pas le monde à coups de miracles. Mais Il est là, pour infuser à l’intime de l’âme, à l’intime de notre cœur quand on le Lui demande dans la prière les lumières et les secours indispensables pour travailler au bien, ou vaincre les difficultés. Quand au Christ ressuscité, Il est là Lui aussi au milieu de nous, et à l’intime de nos vies. Jusqu’à la fin du monde, comme Il l’a promis à ses apôtres avant de les quitter. Il demeure dans Son Eglise, dans Son Eucharistie, en tout homme qui vit de Sa grâce : « Demeurez zn Moi, comme Moi en vous ». Ou dans tout homme qui sollicite notre charité : « Ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont Mes frères, c’est à Moi que vous l’avez fait. » Mais, seuls les yeux de la foi peuvent L’y reconnaître. Certes, nous n’avons pas le contact direct et personnel avec Lui comme ce fut le cas pour les disciples d’Emmaüs, mais nous avons, frères et sœurs, le témoignage des apôtres sur lequel repose notre foi. De saint Pierre notamment que nous avons entendu dans les deux premières lectures, et qui disait dans sa lettre : « c’est par Lui que vous croyez en Dieu, Qui L’a ressuscité d’entre les morts, et Lui a donné la gloire. Ainsi vous mettez votre foi et votre espérance en Dieu. » Et nous avons aussi frères et sœurs, tout l’enseignement constant de l’Eglise au long des siècles allant dans ce sens. Le Christ, par Son Esprit, chemine avec nous, avec chacun d’entre nous comme Il cheminait avec les deux disciples d’Emmaüs, même au milieu de nos peines. Son évangile nous guide, Son Esprit nous inspire, et c’est là la racine profonde d’une joie inaltérable, car le message Pascal est avant tout, frères et sœurs, un message de joie. Et Jésus au soir de la scène, en avait fait la prédiction, osant affirmer à Ses apôtres : « Je vous ai dit tout cela pour que Ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite, joie que nul ne pourra vous ravir. » Ainsi le Christ est-Il bien venu partager avec nous, non seulement Sa vie, Ses souffrances, Sa mort, mais aussi et encore plus Sa joie, joie de la victoire de la vie sur la mort, de l’Amour sur la haine, de la grâce sur le péché. Nous-mêmes, frères et sœurs, qu’en faisons-nous de cette joie Pascale qui animait les disciples d’Emmaüs ? Ne la gâchons-nous pas trop souvent sous des regards assombris, inquiets ? Ne sombrons-nous pas trop souvent dans la tristesse, écrasés par nos déceptions, nos épreuves, comme si le Christ n’était pas vainqueur de la mort ? Ce qui faisait dire au philosophe Nietzsche à son époque, mais, n’est-elle pas toujours vraie aujourd’hui sa réflexion : « Pour me convertir, pour me faire changer d’opinion, il faudrait que les chrétiens me chantent des chants merveilleux, qu’ils me donnent la certitude de croire à la résurrection, qu’ils fassent preuve d’avoir du sang de ressuscité dans les veines, qu’ils aient des visages de ressuscités. » Cléophas et son compagnon attendaient le libérateur d’Israël, et c’est un quelconque voyageur qui s’en vient sur leur route, partager leur tristesse. Ils attendaient un prophète puissant en paroles et en actes, et c’est un simple exégète, « l’exégète du Père » comme l’appelait saint Irénée, qui vient leur parler. Et pourtant frères et sœurs, à chaque fois, c’est bien le Messie attendu Qui Se dit et Se donne. C’est le pain partagé, l’eucharistie qui leur ouvre les yeux sur toutes Ses manifestations, et leur révèle que le Seigneur les attend pour Se manifester à eux sur les chemins les plus inattendus. Puisse, frères et sœurs, cette eucharistie, célébrée aujourd’hui encore sous nos yeux, les ouvrir sur la diversité des manifestations de Jésus sauveur, nous guérir de toute cécité, et nous conduire à proclamer avec joie devant tous les hommes : c’est vrai, le Seigneur est ressuscité, Il nous est apparu, oui, Il est vraiment ressuscité !!